Chronique

AURAM, LE TEMPS PERDU

AURAM, LE TEMPS PERDU


La clique Moose Records est à part dans la sphère du game des labels. Parfaitement à son aise dans les waves où le temps s’arrête, « Lost Time » le dernier EP de Auram répond naturellement à cette logique.

Très compact, ce trois titres est une plongée au sein d’une ambiance profondément intimiste. Les morceaux sont calmes et posés avec des rythmiques très amples, mais cela n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt, c’est un faux calme qui habite le projet. La construction est simple et redoutable, on a alors le présentiment d’être tiraillé entre l’ambivalence du chaos et la solitude. Ces deux thèmes sont chères à leur auteur dont l’écoute rappelle parfois des tourments d’esprit. Le vertige est à la fois enivrant et terrifiant; c’est un tourment communicatif qui nous entraîne dans une chute, mis en marche par les chants lancinants, comme une incantation. Oui, c’est avant tout les voix – aussi profondes et obscures qu’une fosse océanique, et douces cependant – qui forment le dénominateur commun de tous cela. Le contraste est saisissant entre ces chants presque apaisants et la rancœur qu’ils véhiculent, comme un sale arrière-goût qui ne passerait pas. Sans s’y tromper, c’est une véritable introspection et il aura fallu creuser dans le sillon du temps passé pour trouver toute l’inspiration.

On restera séduit par le raffinement du track « Burn » qui renferme la faculté de faire voyager celui qui écoute par cette voix basse, sourde et envahissante. Pour contraster avec le reste, rien de mieux qu’un feat. avec Beau Young Prince pour amèner un petit contre pied et tempérer le tout, question de diversité oblige.

Taillé comme un manifeste à l’espoir, « Lost Time » respire la bonne “musique organique”. Franchement concluant, c’est un recraché du vécu, ou pour être encore plus exact le reflet d’un monde où les mécanismes de production prennent l’allure d’une grande méditation. Purement mélancoliques, les compos de Auram traînent une mélodie désespérément à cœur-léger, où tout bascule vers l’expérience de vie. Très chargé en émotion, cet EP est à la fois charmeur mais surtout très sincère, c’est un petit tissu musical propre à la réflexion.


Thomas, le 11 Novembre 2015.


 

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