Interview

GRISFX

GRISFX


Otodayo Records, Lil Peep, hashtag futuremotion et une nouvelle compilation. Interview fleuve avec l’homme masqué Grisfx.


PlayMyKick : Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui Grisfx soit de retour ?

Grisfx De retour ? Je ne suis jamais parti mais c’est vrai que ma dernière sortie officielle était l’Ep Elements qui date de l’été 2015. Entre deux, je suis resté actif sur Soundcloud, en recherche continue de sonorités. Jusqu’à la sortie récente (été 2017) de l’album Some Feelings et la compilation First birthday without a girl. J’essaie désormais de rentrer en contact avec le monde réel afin de me produire en live.

Pmk : Comment s’est organisée la sélection des morceaux pour la compilation First birthday w/o a girl ?

G : À la base, les morceaux présents dans la compilation devaient faire partie de l’album Some Feelings, proposé sur divers labels et c’est Otodayo Records qui a été le plus réactif. Ils ont préféré sortir un plus petit album ne comportant que des exclus. Suite à cela, j’ai décidé de compiler mes morceaux postés sur Soundcloud à partir de 2016 et d’y inclure quelques récentes musiques, dont une exclusivité le jour de la sortie, de là est née la compilation.

Pmk : Avec le recul, quel regard portes-tu sur ton premier Ep Elements ?

G : Je reste content du résultat, contrairement à d’autres essais musicaux réalisés plus tôt la plupart supprimés d’internet. Elements reste mon premier album entièrement composé, celui qui m’a lancé dans cette lignée de production, le fait de raconter quelque chose en musique. Même si toute musique raconte une histoire et fait passer des émotions, pour moi c’est vraiment un élément important et cela a beaucoup changé ma façon de créer. Ce qui est sûrement dû à mon autre domaine de prédilection, la bande dessinée.

Je ne veux pas m’ennuyer, j’essaie de varier ce que je fais, c’est d’ailleurs pour cela qu’on retrouve plusieurs ambiances dans mes musiques.

Pmk : Ton dernier Ep Some feelings est résolument plus moderne, comment s’est faite la transition musicale ?

G : Je ne veux pas m’ennuyer, j’essaie de varier ce que je fais, c’est d’ailleurs pour cela qu’on retrouve plusieurs ambiances dans mes musiques. Ce qui renforce le côté narratif de la chose. J’évolue aussi avec mes écoutes du moment, les amitiés virtuelles et inspirations Soundcloud aident beaucoup. Je partage régulièrement ces artistes / amis sur ma page, ce sont mes écoutes de la semaine pendant mes sessions de dessin. Cette plateforme est vraiment cool pour les découvertes.

Pmk : À l’époque de ta première interview, tu disais vouloir te diriger vers d’autres genres avec des passages house / techno et future / trap, est-ce que cela a été le point de départ de ce second projet ?

G : Oui, je l’ai voulu plus « dansant », même si je peux frustrer quelques personnes en coupant en plein milieu d’un passage techno / house pour en faire un truc deep et futur, je compte rallonger ces passages plus « festifs » lors de sessions live. Mais l’expérimentation ne s’est pas arrêtée là.  Par exemple, la dernière chanson « They watching me go, feat », Robert Mist & Vittalflex a été composée avec deux amis rencontrés sur internet, avec qui nous avons lié de réels liens. Une rencontre chez moi a été faite puis le morceau est né. L’ep se clôture alors par une chanson avec paroles mélancoliques sur une instru douce qui se termine vers quelque chose de très sombre. Cette collab’ vocale m’a donné envie de rajouter ma collaboration avec le chanteur THEEDESTINATION à la fin de la compile First birthday w/o a girl.

Pmk : Comment es-tu venu à collaborer avec Otodayo records ?

G : Lors de ma sélection de labels pour l’envoi de l’EP Some Feelings, Otodayo m’avait tapé à l’œil suite à la performance et au masque du duo Tha Trickaz. Je porte moi-même un costume mélangeant référence nippone et ésotérique. Dernièrement, j’ai vu aussi qu’ils sortaient de leur carquois dubstep / trap pour proposer une future bass / trap plus expérimentale. Le dialogue s’est très bien déroulé et nous discutons actuellement d’un second projet possible qui pourrait allier musique et dessin.

Pmk : Tu peux revenir sur l’historique du morceau avec Skypierr ?

G : Il m’a envoyé un message sur Soundcloud, il y a un an, en disant qu’il aimait ce que je faisais. Et il y a quelques mois (cinq pour être exact), il a commencé à m’envoyer plusieurs idées pour une collaboration. J’ai choisi celle qui me parlait le plus et la musique s’est composée en deux parties bien distinctes. La première partie étant celle de Skypierr avec quelques retouches de ma part, pour ensuite faire une transition vers la deuxième étant la mienne. Comme un dialogue entre deux personnages.

NinkiMag en fait une bonne description dans l’un de leurs articles : « Ambiance de règlement de compte échappée d’un manga ou la rencontre de deux producteurs avec un goût assumé pour le pays du soleil levant et le moins qu’on puisse dire c’est que ces deux-là se sont bien trouvés. La fusion est rustre et sophistiquée pour agir tel un rouleau compresseur, frontal et impérial les proches cousins mènent un duo de choc tout feu tout flamme, sur un fond de chant céleste qui inflige quelques stigmates. De la bonne trap bien rugueuse, sortie du dojo, qui fait pleuvoir les coups sur de la future basse et rafales en mitraillettes, les Yakuzas ne sont plus très loin, prêts à en découdre, le cahier des charges est rempli. Sans doute la bonne connexion de la semaine. »

Lil Peep débarque et propose ce que j’aime, et d’une façon vraiment exceptionnelle

Pmk : Que représente pour toi le personnage de Lil Peep ?

G : Ah, Lil Peep … une grosse découverte il y a deux ans. Un style qui mélange trap / mélancolie avec de l’émopunk. Pour moi, ça représente tout ce que j’aime et ai aimé. Ado, je faisais beaucoup de skate et écoutais pas mal d’emopunk, des trucs californiens, du métal et j’en passe. Ma période skate quoi. Et là Lil Peep débarque et propose ce que j’aime, et d’une façon vraiment exceptionnelle pour son jeune âge. Quand j’ai appris son décès je n’y croyais pas, ça ressemblait à une blague… mais non. Ça faisait un moment que je voulais remixer une de ses chansons, et il a fallu cet évènement pour me décider à le faire… Mon remix / tribute a été réalisé pendant les deux jours suivant la mauvaise nouvelle, ainsi que le portrait au crayon, ça me faisait du bien. La chanson est belle, et j’espère qu’il l’aurait appréciée du fond de mon cœur.

Pmk : Le hashtag futuremotion est de plus en plus visible sur les post Soundcloud. Est-ce que tu pourrais nous donner ta définition perso ?

G : Sur MES posts Soundcloud vous voulez dire ? J’ai vérifié, tu tapes « futuremotion », tu tombes quasiment que sur mes chansons, mais en effet, certains l’utilisent, et je vois même qu’ils utilisent le tag « grisfx » haha. Merci de me l’avoir fait remarquer. Ce tag je l’ai sorti pour Bae on my galaxy, il y a deux ans, une musique présente dans la compile First birthday. Depuis je l’ai gardé, c’est plus ou moins à partir de ce moment que j’ai essayé de faire passer plus d’émotions dans mes musiques. Pour une de mes dernières musiques, we took the bus together, j’ai utilisé le tag « witchemotion » car le style musical s’éloignait de la future bass et se rapprochait d’une idée de witch house.

je vais essayer de mettre de côté la fameuse bass 808, mais ça va être dur, c’est comme le sel sur les épinards.

Pmk : La sortie de « Some Feelings » et de la compil’ « First birthday w/o a girl » est encore un nouveau tournant pour toi ?

G : Oui, je pense que cet ensemble, ces deux projets, font un tout. Ça représente ce style que j’ai travaillé pendant deux ans, certaines pistes proposent d’autres idées, d’autres variantes musicales (je parlais de la track we took the bus together, plus haut qui se dirigent vers quelque chose de plus onirique. Ce sera certainement la prochaine étape, je vais essayer de mettre de côté la fameuse bass 808, mais ça va être dur, c’est comme le sel sur les épinards.

Deux vidéoclips sont sortis récemment, comment ont-ils été réalisés ?

G : Le vidéoclip « I’m so sorry, I’m not use to be alone » a été réalisé grâce à Mattis Dovier, qui m’a permis d’utiliser sa vidéo « Inside ». Les deux s’assemblaient parfaitement, la musique étant très digitalisée avec une basse très lourde, ce court métrage transhumaniste s’y prêtait à merveille. La seconde vidéo, sur le titre First birthday without a girl a été filmée par trois amis lors de leur voyage en Argentine, l’ensemble a ensuite été monté en collaboration avec Thomas Collet et Glitché par lui-même. D’autres clips devraient arrivés, un aux ambiances hivernales d’Island et un deuxième de ces paysages oniriques d’Argentine.

Pmk : Quels sont les autres projets sur lesquels tu travailles en ce moment ?

G : Tenter de mettre à jour régulièrement mon Soundcloud, une chanson par mois, peut-être. Ça dépendra de mon avancement sur mon nouveau projet musical. Je n’ai aucune idée d’une date de sortie, ni de direction artistique à prendre. Pour l’instant, je me concentre sur la partie live de mon projet, afin de me produire dans divers endroits et événements, booker & manager je vous attends. Pas de dates précises, mais une tournée prévue après mars 2018 avec une sélection de morceaux présents dans ces deux derniers albums. En attendant le prochain projet solo, un album sortira dans quelques mois toujours sur Spotify, iTunes music et Soundcloud, compilant toutes mes collaborations ainsi que de nouvelles collab’ exclusives. Pour ceux qui suivent aussi mon travail d’auteur de Bande Dessinée, restez informés, je remets à jour mon Tumblr, un nouveau récit va bientôt pointer le bout de son nez. J’ai mis trop longtemps de côté cette partie de mon travail pour me concentrer uniquement sur mon synthé USB. Désormais, j’ai trouvé un juste milieu entre le dessin et la musique. J’essaie d’avancer et de ne pas perdre de temps. C’est de mieux en mieux, on croise les doigts pour la suite et on continue de laisser parler ses émotions.


Thomas, le 20 Décembre 2017.


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