Interview

BLANKA

BLANKA


Prenez le quatrième membre de La Fine équipe, le duo de Jukebox Champions et l’acolyte de Cheeko, vous obtiendrez Blanka un producteur infatigable qui sort  « Hypnotic » son nouvel album  ce 21 Juillet.


PlayMyKick : Adolescent, quels rapports entretenais-tu avec la musique ?

Blanka : La musique a toujours tenu une place importante dans ma vie. J’ai commencé le piano à l’âge de 7 ans, et pendant 10 ans. À 17 ans, j’ai ensuite enchaîné en achetant mes premières platines et j’ai fait des mix pour une émission de radio, puis très vite mon premier sampler un Akai s3200 XL, que j’ai toujours d’ailleurs.

Pmk : Comment es-tu tombé amoureux de la Mpc ?

B : Quand j’ai rencontré Oogo de la Fine équipe, il possédait le Saint Graal à l’époque, à savoir des technics SL 1200 accompagnées d’une SH-Dj1200 pour le scratch, et une Mpc 3000. Il se trouve que c’était aussi la machine qu’utilisait notre beatmaker préféré, Jay Dee. Depuis ce jour-là, je n’ai eu qu’une idée en tête tout faire pour me payer cette machine mythique. Ce n’est qu’après le mastering de mon premier projet Tribute et la rencontre avec Onra et Quetzal (qui utilisaient eux aussi une Mpc) des années plus tard que j’ai pu réaliser ce rêve.

Pmk : Le classicisme hip-hop, c’est un peu la fondation de tes influences ?

B : Il est clair que les golden years du hip-hop dans les années 90, avec sa pléiade de producteurs Dj premier, Pete rock, Madlib, Jay Dee, Timbaland, Neptunes, Dr Dre, etc, ont grandement influencé mes premières années dans la MAO. Mais j’écoutais aussi d’autres choses à l’époque comme Amon Tobin ou bien encore Radiohead.

Pmk : Remontant un peu dans le temps La Fine équipe, c’est d’abord une histoire de potes de lycée. Comment tout cela a commencé?

B : J’ai raconté l’histoire qui est un peu longue dans un post Facebook que je vous invite à consulter. Mais en gros, j’ai rencontré Oogo à la fac de Luminy à Marseille lors d’un concert gratuit organisé sur le campus. Je l’ai invité dans l’émission de radio que j’animais à l’époque CLB. Ensuite un pote de la fac nous a présenté Gib qui vivait près d’Aix en Provence et on a commencé à mixer et produire ensemble. Pour finir, Gib qui partait à Paris pour faire une école d ingénieur du son m’a invité à le suivre. Et c’est dans cette école que nous avons fait la connaissance de Chomsk‘.

Pmk : Y a-t-il une boulangerie volume 4 de prévu ?

B : Pas exactement, mais un album est en préparation en ce moment même dans la continuité de ce qu’on a pu faire sur nos précédents opus, il verra le jour bientôt.

Pmk : Justement, si tu devais être une pâtisserie tu serais quel gâteau ?

B : Je serais une brioche simple, bon et efficace à l’image du premier morceau que j’ai fait sur « La Boulangerie 1 ».

Pmk : Le nom de l’album « La boulangerie » est également un subtil hommage à un autre producteur ?

B : Effectivement le nom de l’album est un hommage à l’album « Dontus » de Jay Dilla qui reste notre beatmaker préféré.

Pmk : Oogo et Chomsky ont monté le label Nowadays, Gib a son studio de mixage et toi un studio de mastering. Chez vous on ne discute pas l’indépendance ?

B : Ça s’est fait tout naturellement, et puis ça tombe super bien car du coup ce sont des postes bien complémentaires quand on veut sortir un disque. En plus, il est vrai qu’on veut pouvoir sortir les projets qui nous touchent vraiment sans avoir à rendre des comptes ou devoir se justifier auprès des instances bien pensantes du business de la musique.

Pmk : L’aventure continue avec Jukebox Champions, à cette période est-ce qu’on pourrait dire que tu passes de statut de Dj à musicien ?

B : Pas vraiment , je suis toujours resté beatmaker, avant l’aventure avec Jukebox je produisais déjà pas mal au sein de La Fine Equipe (La Boulangerie, Fantastic planet). Mais ce projet m’a fait aussi évoluer dans ma façon d’appréhender la musique, surtout le live car Fade (maintenant Rhino) avait beaucoup d’expériences à ce niveau avec son groupe Asm. Il m’a vraiment beaucoup appris sur ce coup-là. La deuxième grosse différence, c’est que pour l’album de Jukebox Champions on a fait jouer beaucoup de choses par des musiciens et on s’est détaché du sampling, tout en essayant de garder ce côté ruff et sale que l’on pouvait retrouver dans les productions de hip-hop que l’on aime.

En fait avec Cheeko c’est vraiment une rencontre humaine avant tout.

Pmk : Plus récemment, on t’a beaucoup entendu avec le titre « Trop cool » en duo avec Cheeko. Est-ce que tu peux revenir sur l’histoire du morceau ? Est-ce toi qui as ramené le côté soul ?

B : En fait avec Cheeko c’est vraiment une rencontre humaine avant tout. On s’est rencontrés par le biais du projet « les Fines bouches » que j’ai fait avec Guts, il en va de même pour Gael Faye. Il est venu enregistrer chez moi et on s’est rendu compte que le studio dans lequel il traînait à l’époque se trouvait juste à côté du mien. Du coup, il passait me voir souvent à Kasablanka pour chiller et écouter du son. Souvent des choses assez anciennes que j’affectionne et que je voulais lui faire découvrir, lui rappait dessus pour s’amuser. C’est comme ça qu’est venue l’idée du morceau, on voulait tenter quelque chose de différent, pas forcément dans l’air du temps mais qui se démarque avec une esthétique décalée.

Pmk : Avec Cheeko il y a bien dix ans de différence, pour autant, vous avez remporté le buzz booster. Comment avez-vous réussi à vous accorder ?

B : On a le même amour et curiosité pour la musique, Cheeko est un gars très ouvert et jovial, comme je l’ai dit c’est une super rencontre humaine avant tout. On est d’ailleurs en train de finaliser son premier album solo, j’y assure la production de certains morceaux, la réalisation, l’enregistrement, le mix et le mastering, vous devriez en entendre parler sous peu, ça s’annonce prometteur.

Pmk : Et y a-t-il des producteurs notamment parmi les jeunes, qui te plaisent aujourd’hui en France ?

B : J’adore tout ce qui sort sur Nowadays Records, des mecs comme Unno, Jumo, Kulture sont vraiment super bons.

Il y a indéniablement une touche française et ça se sait.

Pmk : Selon toi, y a-t-il une « french touch » dans la production hexagonale ?

B : Oui bien sûr et ça fait longtemps qu’on parle de french touch. Il y a indéniablement une touche française et ça se sait. Des artistes étrangers viennent de plus en plus collaborer avec des producteurs français, comme par exemple Astronote qui a produit un morceau pour l’album « Unmastered » de Kendrick Lamar.

Pmk : Que penses-tu du phénomène des « type-beats », et du business qu’il y a autour de ça ?

B : Je ne porte pas un grand intérêt pour ça, quand tu fais de la musique c’est justement pour proposer quelque chose de personnel et différent, pas pour copier quelque chose qui existe déjà.

Pmk : Comment procèdes-tu aujourd’hui pour digger ?

B : Je reste fidèle à la bonne vieille méthode. Je vais chez mon disquaire préféré Beatsqueeze records qui me connaît bien et qui me propose toujours des choses en adéquation avec ce que je cherche. Mister Modo, le patron, me met aussi souvent des choses de côté. Pour moi la source est vraiment importante, je sais que les nouveaux producteurs ont tendance ne pas trop prêter attention et sampler du mp3 sur Youtube, mais comme le dit bien le dicton merde in – merde out. Si la qualité de ta source est pourrie, tu pourras mettre le nombre d’effets que tu veux dessus pour cacher la misère ça restera quand même difficilement exploitable.

Un projet que je pourrais réécouter dans 10 ans et dont je serais toujours fier.

Pmk : Ton prochain Lp « Hypnotic » sort le 21 Juillet prochain. Comment l’as-tu abordé ?

B : J’avais envie de faire de la musique qui fait du bien et qui est intemporelle. Un projet que je pourrais réécouter dans 10 ans et dont je serais toujours fier.

Pmk : On sent vraiment le projet en vibe énergie positive ?

B : Oui, il y a aussi des morceaux plus « dark » mais dans l’ensemble j’ai essayé de faire en sorte qu’on puisse faire tourner le disque dans son intégralité et qu’il diffuse une ambiance positive dans la pièce. Quand tu rentres du boulot et que tu veux évacuer le stress de ta journée, ça me paraît tout indiqué.

Pmk : On retrouvera également les proches Oogo et M.Gib, ainsi que Yann Kornowicz, Dan Amozig à la basse et guitare, Awir Leon et Onra. Comment as-tu pensé les collaborations ?

B : En fait, j’ai vraiment proposé aux personnes qui comprenaient ce délire-là et à qui cela parlait. Oogo et Gib c’est la famille donc c’était une évidence. Yann Kornowicz a sorti un magnifique album Chaos In Chatelet qui est une Bande Originale d’un film qui n’existe pas, que j’ai mixée et masterisée. Dès que je lui ai fait écouter le projet, il a tout de suite accroché. Pareil pour Dan Amozig son partenaire de longue date qui est un super guitariste et bassiste. Pour Awir, ça fait longtemps que je voulais faire un morceau avec lui , écoutez Unno et vous comprendrez pourquoi. Quand à Onra, c’est en quelque sorte le parrain du projet, c’est vraiment grâce à lui que j’ai pu aboutir l’album. Il m’a conseillé, rassuré dans les moments de doute et m’a donné de précieux conseils, lorsqu’il est arrivé avec l’idée de son morceau, ça a tout de suite matché.

Pmk : D’ailleurs il y a une histoire particulière avec le morceau « Quiet Forest ». Le morceau était fait pour sortir seul, sans le feat Astrid Engberg ?

B : Oui, en fait j’étais dans la phase finale de l’album et j’ai envoyé l’album à Astrid pour lui faire écouter. Elle m’a répondu dans l’heure avec une maquette de « Quiet Forest » enregistrée sur son Iphone. Il se trouve qu’à ce moment-là elle était à Paris, elle est venue enregistrer le morceau le jour d’après et j’ai mixé le jour suivant. J’aime bien quand les choses se déroulent rapidement et sans accroc et je suis très fier du résultat final, elle a assuré.

Pmk : Quel rôle a joué Nowadays dans ce projet ?

B : Ils m’ont soutenu dans ma démarche, et ils me permettent de le sortir en vinyl dans les meilleures conditions. Je suis très fier de faire partie de la famille Nowadays avec qui il faudra compter dans le futur dans le milieu de la musique électronique.

Pmk : Au final, ton CV est tellement long qu’il est impossible de tout résumer. Est-ce que le secret d’une telle longévité, c’est ta capacité à être hybride ?

B : Pour moi la musique est avant tout une histoire de rencontres, lorsque j’ai une affinité artistique avec quelqu’un, la meilleure façon de concrétiser cette rencontre est de faire un morceau avec la personne. Je m’enrichis beaucoup de toutes ces rencontres, je donne aussi beaucoup et c’est ce qui me nourrit. La vie est trop courte pour passer à côté de tant d’opportunités.


Thomas, le 20 Juillet 2017.


https://www.youtube.com/watch?v=FKf0Aqn-B3k

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