Interview

KOOLTRASHER

KOOLTRASHER


Dernière signature du rooster Stylss, le compositeur Kooltrasher collectionne les étiquettes musicales. De la B.O. du Convoi à sa formation classique, rencontre avec ce passionné aux grandes influences toujours accompagné de son style de bass music inimitable.


PlayMyKick : Commençons par un peu de présentation. Si tu devais résumer ton parcours en trois lignes, ça donnerait quoi ?

Kooltrasher : Kooltrasher, compositeur, beatmaker et musicien polyvalent. Contrebassiste au départ avec une formation classique, jazz et Rock’n’roll. Et depuis peu de temps, compositeur de musique de film et de musique à l’image (synchro TV – web etc..)

Pmk : Quel est le premier morceau qui t’a vraiment marqué ? Et Pourquoi celui-ci en particulier ?

K : Question difficile mais je pense au morceau « Low Rider » du groupe « Happy Drivers ». C’est ce groupe qui m’a donné envie de faire de la musique quand j’avais 8 ans.Sinon pour ce qui est de la production hiphop je dirais le morceau « Acts of Tragedy » de TES sur son EP « Take Home Tes ».

Le côté brut et oppressant sont des éléments que j’adore

Pmk : Tu as un style plutôt ovni, à la fois hypnotique et à la fois brut, d’où cela te vient-t’il ?

K : On va dire que j’ai toujours écouté beaucoup de musique dans des styles complètement différents. Fan de rock progressif des années 70, de musique électronique au sens large, de hip hop, etc… J’essaye juste de créer des mélanges de sonorités et voir ce qui en ressort. Le côté brut et oppressant sont des éléments que j’adore, notamment dans certaines productions de El-P Thavius BeckZach Hill (Death Grips), Evian ChristNINJlinLee Bannon …

Pmk : Hormis la Bass music, tes influences vont loin. Comment les résumer ?

K : En fait, c’est impossible pour moi d’écouter qu’un seul style de musique et une grosse partie de mes influences sont les mêmes depuis le début. Du rock, du classique, du jazz, du breakcore, de l’experimental, de l’ambiant, émissions radios, films, documentaires sur tout et n’importe quoi… Je dis ça parce que ça m’est souvent arrivé de stopper un programme pour aller le sampler. Quand je commence un nouveau beat, je sais déjà la direction à prendre et où aller chercher. Évidemment, ça n’a pas toujours été le cas, mais depuis quelques années, à force de travail, d’organisation et d’exercices à produire dans différents styles, et bien les choses se sont éclaircies.

Stylss qui veut dire « STOP TAKE YOUR LIFE SO SERIOUSLY »

Pmk : Tu as récemment rejoint le rooster Stylss, comment s’est faite la connexion ?

K : Oui et je suis vraiment heureux de faire partie de cette équipe. Stylss qui veut dire « STOP TAKE YOUR LIFE SO SERIOUSLY » est donc un label américain basé sur Portland dans l’Oregon. Rien qu’au nom on peut déjà cerner l’ambiance. On se parle tous très souvent si ce n’est pas tous les jours pour certains. Il y a vraiment un bon esprit. Étant un fan de la scène musicale californienne,  je pense au Low End Theory, au collectif Team Supreme, les soirées Run de Brandon Briones (DirtRAID), etc… J’essaye de me tenir au courant des nouveaux artistes, des nouveaux labels, de nouvelles scènes musicales, et quand j’ai découvert Stylss, j’ai tout de suite accroché. J’y ai trouvé un truc hybride… Des mélanges assez surprenants entre la bass music, la trap et un côté ambient, nostalgique, vaporeux et musical. J’ai donc commencé à suivre Stylss sur le net, et un soir j’ai vu un post d’un des fondateurs Cory Haynes Aka Quarry son nom d’artiste, qui annonçait qu’il y avait encore la place pour 1 ou 2 tracks sur la prochaine compilation Suicide Pact Vol.6. J’avais un dossier récent avec 4 nouveaux morceaux et je lui ai envoyé direct sans hésiter. En même temps, il annonçait que son post ne serait valable que quelques heures… Il m’a répondu dans la foulée et m’a demandé si je voulais de façon officielle faire partie de l’équipe et être le petit français du label Stylss. J’ai adoré cette soirée.

Pmk : Qu’est-ce qui t’a séduit chez eux ?

K : Cette manière de gérer la communication. Cory que je n’ai d’ailleurs toujours pas rencontré dans la vraie vie, est hyper doué en réseaux sociaux. Il est partout. J’ai la chance de connaître pas mal de gens en Californie et quand je leur demande si… Et bien oui !! Tout le monde connaît ce mec… Et avec l’aide de pas mal d’artistes du label, il y a une vraie communication (groupe Facebook privé) où on y échange des idées, on poste des tracks etc… Et pas mal de conneries… Eux se connaissent quasiment tous hyper bien. Hâte de les rencontrer. Parmi tous les producteurs présents sur le label, quels sont ceux qui t’ont le plus marqué ? Quarry qui est donc partout !! Avec son EP « HOOD SHIT », 1ere sortie du label Stylss. 5 titres et 28 Remix Ahah !! J’ai trouvé ça mortel et je suis presque toujours bluffé par ses productions. Souvent minimaliste, avec de l’émotion dans ses choix d’ambiance et un très bon mixage. Ensuite  je dirais « Ilya » aka Haarps de Moscou qui est le seul que j’ai réellement rencontré. J’adore presque tous ses projets. Une musique très dense, assez froide et très riche en harmonie. Et on sent bien le côté russe !! (rires) J’ai commencé par l’affectif mais tous les autres défoncent !! « Cesladore – Eastghost – Echavox – Pyn – Ollie Macfarlane – Gangsigns Onhell – Wokr – Bruxa – Demonslayer – Nobi4 – Golden Living Room – Bleep Bloop – Mustafa Mond – Yung Gutted – Was Legit – Ext Galvanix – Lost Odyssey – Jvnitor – Look – Modeling – Photon – Subp Yao – Tyler Tastemaker – Simple – IG88 – IC3PEAK –  Whithe… Tous ont un style particulier et un son bien à eux.

 Pmk : Il y a peu, tu t’es livré à l’exercice de “Stylss Sketches” dont la particularité est de faire un beat en 2h, comment tu t’organises pour finir dans les temps ?

K : Oui et c’est une très bonne idée, histoire de stimuler la création et d’essayer de nouvelles choses. On a donc des contraintes imposées suivant les semaines. Comme le tempo, une couleur et un type d’humeur, ou par exemple le fait d’avoir à utiliser que des sons fournis dans les packs de samples Stylss. Pour le moment il y a deux Volumes de packs en téléchargement libre sur la page Stylss. Du coup à partir du moment où tu connais les contraintes, c’est plus facile de savoir la direction à prendre. Je préfère ne pas savoir combien de sessions Ableton j’ai commencé depuis 2004 mais j’ai tout gardé. Et c’est très bien classé donc assez facile de reprendre un bout de rythmique ou un kit ou un sample et de recommencer un nouveau beat.

Pmk : Tu es également présent sur la B.O du film « LE CONVOI » de Frédéric Schoendoerffer sorti récemment sur les écrans, peux-tu nous en dire quelques mots ?

K : J’ai la chance d’avoir composé ma première musique originale de film l’année dernière. Une expérience vraiment forte et très intéressante. C’était énormément de travail et un stress assez lourd. Pas tellement droit à l’erreur sur ce genre de projet. Donc 4 mois de travail intense pour 1h 04 min de musique.

C’est un gros travail d’orchestration et une prise de tête sur les automations de volumes, les enveloppes et les différents réglages pour donner un côté réaliste aux instruments, notamment sur les cordes. Et puis c’est un vrai travail de composition qui est très different de ce que je fais sous mon pseudo Kooltrasher. Sur cette B.O, quasiment tout est composé en MIDI. C’est un rêve que je m’étais fixé sur du long terme, assez naïvement, sans trop y croire puis j’ai rencontré le réalisateur Frédéric Schoendoerffer qui a adoré ma musique et il m’a fait confiance sur son dernier film.

j’ai le souvenir que mes potes me disaient déjà que ce serait parfait comme musique à l’image.

Pmk : Justement on ressent également une grosse influence cinéphile chez toi, n’est-ce pas ?

K : C’est vrai et il s’avère que j’ai travaillé pendant environ 7 ans dans une boutique de DVD et de CD. J’ai adoré ce travail dans un sens car j’y ai acquis une vraie culture cinématographique et musicale. J’avais des nouveaux samples et de la nouvelle matière tous les jours pour commencer un nouveau beat. C’était réellement un job en or. Pas mal de beatmakers venaient passer des heures dans ce shop et on se faisait écouter nos dernières prods. Et j’ai d’ailleurs rencontré le réalisateur du Convoi dans cette boutique car c’était le voisin. Quand j’ai commencé à faire du son avec des machines en MIDI, ambiance Atari 1040 avec cubase et des sampleurs externes, j’ai le souvenir que mes potes me disaient déjà que ce serait parfait comme musique à l’image.

Pmk : Après toutes ces aventures, toujours pas envie d’un premier projet solo ?

K : Ah si et il va falloir ! Je suis dessus en ce moment. La sortie de l’EP devrait se faire à l’arrivée du printemps sur Stylss.

Pmk : Sur ton profil Soundcloud, tu partages également beaucoup de musique venant d’autres producteurs, c’est assez rare de voir cela, c’est important pour toi ?

K : Oui, c’est même très important. Il y a tellement de monde qui produit du son aujourd’hui et qui ont des comptes soundcloud qu’il devient difficile de s’y retrouver et de tout écouter. Certaines personnes critiquent ce genre de plateforme parce qu’ils sont finalement noyés dans la masse. Moi je trouve au contraire que c’est hyper motivant et stimulant et j’y ai découvert trop d’artistes. Alors si je kiffe une track et bien oui je like et je partage.

Pmk : Quel est ton dernier coup de cœur de la scène française ?

K : NxxxxxS. En prod plutôt classique je dirais AAyhasis que je trouve vraiment très bon. Myth Syzer et Blakesmith pour le son bien lourd et bien travaillé…


La Sélection Kooltrasher : 

Flako $iete – DEATHLY EP (Produced by Dj.Nobody)

Apparat ft. Soap & Skin – Goodbye (Sieren Edit & Quarry Bootleg)

Thavius Beck – Directement via son soundcloud…

Eastghost – Idiot

Mick Jenkins – Alchemy

Project Blowed Abstract Rude & Tribe Unique – Heavyweights Round IV

Nils Frahm – Them (Victoria soundtrack)

Venetian Snares – Traditional Synthesizer Music

Jlin & Fawkes – Ankou Celeste

Cadalack Ron – Buffalo Bills. (Ce rappeur assez peu connu du grand public est décédé récemment. Très respecté dans le milieu des battles.)

Dj Rashad – I don’t give a fuck (car je suis un putain de ouf de Juke Footwork)


Pmk : À quoi peut-on s’attendre dans les mois à venir ?

K : La sortie de mon E.P sur Stylss. Pas mal de remix, bootleg et quelques collaborations surprises… Un projet plus orienté footwork sous le nom de Voodoo Mambo avec mon pote OffmikeThavius Beck et moi devrions produire le prochain album de Namescience (Inoe Oner & Sach) Et peut-être si tout se passe bien, un documentaire, un projet de série et une autre B.O en fin d’année.


Thomas, le 16 Février 2016.


à lire aussi