Interview

Koyö

Koyö


Quelques remix bien léchés et une inspiration à 360 degrés, il n’en n’erra pas fallu plus à Koyö pour nous donner envie d’une brève discussion sur ces liens avec la musique et sa production. 


PlayMyKick : À quel moment as-tu commencé à produire de la musique ?

Koyö : J’ai « vraiment » commencé en 2004 ou 2005 je crois, avec des potes on délirait sur la démo de Fruity Loops 3 à faire des sons tout nazes en 15 minutes max. Même si ça sonnait « pouet-pouet » on s’est bien amusés avec ce logiciel. Ensuite je l’utilisais pour faire des musiques et bruitages pour mes animations flash. J’ai fait ça en dilettante pendant longtemps sans jamais avoir pensé à en faire une activité sérieuse.

Pmk : Te rappelles-tu, de tes premières expériences de production ?

K : Mes toutes premières expériences étaient avec le jeu « Music » et plus tard « Music 2000 » sur PS1, je devais avoir 10-12 ans. J’ai trouvé ça génial mais je ne pensais pas encore que j’étais contaminé par le virus de la production musicale. Encore plus tard j’ai eu un ordinateur et « Hip-Hop Ejay », j’ai continué d’explorer la création musicale à faire des vieilles mixtape sur cassette avec ce soft.

Pmk : En terme de matériel, tu as commencé avec quoi et comment tu as évolué ?

K : Sur ordinateur, pendant très longtemps j’ai fait du son juste au clavier/souris avec des enceintes vraiment pourries, ce qui est toujours le cas aujourd’hui haha. Mais il y a un an j’ai acheté des contrôleurs midi genre  Akai MPD 218  / APC keys 25 / Arturia keylab 49 et ma copine m’a offert un Sennheiser HD 558 avec lequel je fais tout encore aujourd’hui. Ce qui explique le coté un peu approximatif de mes master. 2017 je passe aux monitors studio, il serait temps !

Pmk : En ce moment, tu dévoiles le projet « SundayJamSessions » , quelle en est la démarche ?

K : C’est venu d’un délire un dimanche ou je voulais poster une petite vidéo de mes « exercices » au piano et controlleurs midi, puis je me suis dit: « Pourquoi ne pas en faire des instrus où les rappeurs/chanteurs pourraient s’éclater dessus ? ». Du coup je poste sur soundcloud un extrait d’environ deux minutes par semaine sans genre défini, je le fais vraiment au feeling, hip-hop, trap, grime, rnb, drum and bass et j’en passe… J’essaie surtout de ne pas y passer plus de deux heures par projet, mix inclus. Le son du dimanche quoi.

j’expérimente, je transforme la matière, je fais mon petit alchimiste !

Pmk : Le remix est un exercice auquel tu te livres souvent. Comment abordes-tu, le fait de trouver une nouvel couleur pour le track ?

K : En fait, il y a des tracks originaux que j’apprécie énormément et parfois où il n’y a que quelques éléments qui m’inspirent mais pas le tout, dans tous les cas je me dis: « tiens, et qu’est-ce que ça donnerait de les transformer dans un genre complètement différent ? » Donc je teste, j’expérimente, je transforme la matière, je fais mon petit alchimiste ! Des fois ça prend, des fois non. Mais c’est un exercice que j’aime beaucoup.

Pmk : As-tu eu des retours de l’un d’entre eux ?

K : Quand j’ai fait et envoyé mon remix de « Zhu – Faded » à EDM.com, ils ont demandé l’autorisation de partager ce son à Zhu et/ou son équipe et m’ont dit qu’il avait apprécié. J’étais très surpris ! Ce qui m’a donné confiance en moi, du coup j’ai continué à en faire, on m’a demandé de remixer Lexy Panterra et Prismo. Et j’ai demandé au culot à Elènne, Mothica et Maesu d’en faire car j’avais vraiment cette envie de transposer leurs univers au mien.

Pmk : Certains d’entre eux ont pas mal tourné, est-ce que ça t’a ouvert une plus large audience ?

K : Ouais, vraiment ! Après j’aime aussi créer de toutes pièces mais faut dire ce qui est, les remix touchent un plus grand auditoire, peu importe le genre tant que c’est « bien fait ». Je reçois des messages de gens qui n’adhèrent pas spécialement à mon style musical mais qui sont très encourageants, ça fait chaud au coeur ! Ainsi que des messages de collectifs voulant m’intégrer sur leurs chaînes Soundcloud ou Youtube. à chaque fois que je fais un son ou un remix, je l’aime vraiment beaucoup mais j’ai toujours un manque de confiance qui me freine, ce genre de message m’encourage à aller au bout de mes idées.

 j’ai appelé ça « Neo Bounce » en référence à la Nouvelle-Calédonie et les néo-calédoniens !

Pmk : Peux-tu nous expliquer ce qu’est le fameux « neo bounce » ?

K : Haha t’as grillé ce tag ! Alors, sur la scène Souncloud il ya des artistes qui sortent des tracks à la croisée des genres inspirés du Hiphop/Trap mais avec des rythmiques et accords vraiment modernes. Elles ont un groove que j’ai toujours voulu créer, ils utilisent comme tag « ZeroBounce » (cf. Monte Booker) ou « Opbounce » (cf. Montell2099). Ce qui n’a rien avoir avec la Melbourne Bounce par exemple, mais ça bounce ! Comme ce que je fais ne ressemble pas à leur productions et que je n’ai pas vraiment entendu ce style ailleurs, j’ai appelé ça « Neo Bounce » en référence à la Nouvelle-Calédonie et les néo-calédoniens ! #originalitéééé hahaha !

Pmk : Il y a deux ans « Blow » ton premier album voyait le jour. Quel bilan en tires-tu ?

K : Que j’ai énormement de progrès a faire en mastering ! Il était dispo gratuitement en ligne mais pas mal de gens me l’ont acheté en soutien, ça fait super plaisir. Avec un pote, on s’était lancé un défi de sortir un projet EP ou album avant la fin 2014. J’ai pris des sons qui dormaient dans mon ordi depuis des mois et j’en ai créé quelques uns dans la précipitation les 2 ou 3 jours précédant la sortie. Et voilà ! Je pense que le prochain sera plus réfléchi, avec une réelle direction et un univers plus « homogène » tout en restant éclectique.

Pmk : Y aura-t-il un deuxième album ?

K : Ah oui c’est certain ! Quand ? Je ne sais pas encore j’essaie de trouver l’inspiration qu’il faut pour faire quelque chose de mieux construit que le précédent. Ce sera peut être pour cette année qui sait.

J’aime beaucoup les mélodies un peu mélancoliques et les accords qui font ressentir un état d’esprit particulier,

Pmk : J’ai l’impression que ta patte, c’est un peu le coté tribal, percussion ?

K : Entre autres oui, mais en effet les percussions sont des éléments qui ont une importance pour moi, celles qui donne le rythme mais qui laissent la surprise et/ou un groove particulier. Les plus minimalistes sont celles que j’apprécient le plus, mais je galère a faire quelque chose de « catchy » avec peu d’éléments. Dans les rythmiques ethniques on retrouve une richesse et une diversité de rythmes qu’on ne retrouve pas ailleurs. J’aime beaucoup les mélodies un peu mélancoliques et les accords qui font ressentir un état d’esprit particulier, mais quand elles sont sublimés par une rythmique cohérente ou surprenante, je trouve le track parfait ! Remarque, c’est paradoxal car parfois un morceau guitare/voix ou juste a capella peut vraiment me parler.

Pmk : Tout le coté « musique du monde » ça te parle ?

K : Bien en fait, oui et non. Oui ça me parle, disons qu’il y a beaucoup d’éléments que j’aime dans les musiques du monde, comme les rythmiques, les ambiances, les voix. Le coté répétitif et hypnotisant de certains sons. Mais j’en écoute que peu au final, je suis plus tourné vers la musique moderne et « Ovni », des genres vraiment très peu répandus surtout pour leur coté technique. Je trouve que très souvent dans ces genres il manque cette « âme », cette chaleur qu’on peut retrouver dans les musiques acoustiques et musiques du monde. Je me situe un peu entre les deux. J’essaie d’apporter un peu de modernité dans des genres plus traditionnels ou alors un peu d’authenticité dans la musique moderne. C’est au choix !

Pmk : Il y aussi un fort coté couteau-suisse, tu es capable de passer d’un genre à l’autre ?

K : Ca, c’est parce que je n’aime pas trop faire deux fois le même son. Je suis très éclectique et je me lasse assez vite d’un genre en particulier. Dans une seule journée je vais pouvoir écouter du Floating Points, Hans Zimmer, Chopin et l’heure d’après écouter du Noisia ou Feed me ! Mes goûts musicaux vont de la musique classique au métal bien sale en passant par la drum and bass et le hip hop, trap. Bien que j’apprécie la musique « Hard » je n’en fais que très peu finalement. Mon péché mignon reste la musique « froide » qui prend aux tripes comme Lorn par exemple.

Pmk : Après tant de collaborations sur des labels ou collectifs, pourquoi ne pas avoir rejoint l’un d’entre eux définitivement ?

K : Je pense que ça vient de la peur d’appartenir à quelqu’un ou quelque chose avec un genre bien défini, qu’on me colle une étiquette en disant: « Lui il ne fait que ce genre là ». Du coup je suis un peu comme un électron libre sans réelle attache à un collectif ou à un label. Ca joue un peu en ma défaveur en terme de constance dans la production mais bon, j’assume ! AIA gère différentes pages de différents styles, ça explique pourquoi j’ai sorti pas mal de sons avec eux. J’espère que ça continuera dans ce sens !

Pmk : Si tu devais choisir trois producteurs qui t’ont marqué et influencé, quels seraient-ils ?

K : Hmmm trois c’est vraiment chaud, et assez réducteur comparé à tout ce que j’écoute. Mais bon je me lance :

Lorn ( pour sound design )

Aphex Twin ( pour son coté complètement barré )

Fat Freddy’s Drop (pour leur vibe progressive et leur métissage des genres)

Pmk : Désormais, quelles sont tes envies ?

K : Dans l’idéal, j’aimerai faire une tournée à l’étranger, comme la Nouvelle Zélande, ou l’Asie. Sortir d’autres albums et des clips. Mais surtout faire un véritable live avec de vrais musiciens, chanteurs, danseurs, jeux de lumières. Un vrai spectacle avec un bel univers en fait ! Si j’ai le temps, tant mieux, sinon tant pis !


Thomas, le 6 Février 2017.


 

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