Interview

LAFAYETTE ELLIS

LAFAYETTE ELLIS


Tracklisté par les radios show et anciennement co-fondateur du label Laruche Records, retour sur un parcours rempli de références, celui du homemade by Lafayette Ellis.


PlayMyKick : Actuellement, quels sont tes repères musicaux ?

Lafayette Ellis : Actuellement, beaucoup de Soul/Neo Soul/Lounge/Jazz/Funk/R’n’B et dérivés. Je rajouterais le Hip-Hop, aussi bien « old school » que « new school » principalement américain pour être honnête, bien qu’on ait des artistes plutôt intéressants en France. Et je citerais bien évidemment la beat scène dans son ensemble (et non pas seulement la scène future beat), qui regorge d’artistes vraiment talentueux, qui justement arrivent très bien à puiser leurs influences dans les genres que j’ai cité.

Et au fur et à mesure que je découvrais de nouveaux artistes, l’envie de m’y mettre m’a pris, je me suis dit « Faut que je fasse ça. »

Pmk : Comment as-tu rencontré l’univers de la production ?

L.E. : Plus jeune, j’écoutais beaucoup de musique électronique et je crois que c’est à ce moment là que j’ai commencé à développer un intérêt pour la création musicale. Avant je me contentais simplement de consommer la musique, mais petit à petit j’ai voulu savoir comment elle était créée, sans pour autant me lancer directement. Un peu plus tard vers fin 2011-2012, quand j’ai découvert la beat scène, je regardais beaucoup de vidéos de beatmakers undergrounds ou de producteurs plus connus en studio. Et au fur et à mesure que je découvrais de nouveaux artistes, l’envie de m’y mettre m’a pris, je me suis dit « Faut que je fasse ça. »

Pmk : Sur tes profils on peut lire « bedroom producteur », ça résume plutôt bien ta musique, avec une pâte très « homemade », est-ce une marque de fabrique ?

L.E. : Je ne dirais pas que c’est une marque de fabrique, mais plus un fait, comme vous l’avez dit, ça résume plutôt bien ma musique. Elle a indéniablement cette touche « homemade » dont vous parlez, car comme beaucoup, je produis dans ma chambre avec mon laptop et mon contrôleur. C’est de la musique « homemade ». J’aimerais faire évoluer ça. Il y a des mecs qui de base produisent avec le même genre de matériel que moi, qui font appel à des bassistes, guitaristes, saxophonistes et autres pour travailler sur leurs morceaux. C’est un concept qui me plait, mélanger ce côté « homemade »/musique d’ordinateur qui définit plutôt bien une bonne partie de la beat scène, à cette touche plus « organique », plus « live », ce grain ou cette qualité sonore si je peux dire, propre aux vrais instruments. Donc je pense que pour l’avenir, je ne sais pas encore quand ni comment car je me cherche encore musicalement, c’est une direction que j’aimerais emprunter.

Pmk : Peux-tu nous raconter l’histoire de Laruche Records, d’où est née l’envie ?

L.E. : Pour Laruche, il faut remonter à ma période lycée. On avait un pote Chinau (producteur de house music) qui nous avait dit à mes potes et moi, qu’il aimerait bien créer un collectif de musique, et il avait deux noms en tête: « Rive Gauche » si je ne me trompe pas, et « Laruche », avec cette idée que chaque artiste serait comme une abeille et apporterait sa part à l’édifice. Le projet n’a pas vu le jour. Mais quand j’ai commencé à coucher mes premiers beats, avec mes potes on écoutait beaucoup de ces nouveaux artistes de la beat scène, et l’un d’entre eux qui lui ne produisait pas m’a proposé de créer un label. On était influencés et on admirait des labels comme Soulection, HuhWhat&Where ou encore Darker Than Wax pour ne citer qu’eux (et parce qu’à cette période, il n’y en avait pas autant qu’aujourd’hui). J’ai dis oui direct ! haha.

cette idée que chaque artiste serait comme une abeille et apporterait sa part à l’édifice.

L.E. : Bon, on ne savait pas du tout comment tout ce délire fonctionnait à ce moment là évidement. Il nous fallait un nom pour commencer, et j’ai repensé à l’un de ceux proposés par Chinau, « Laruche » dont le concept m’avait plu. Donc on en a parlé à Chinau parce que l’idée du nom était de lui à la base, ça ne lui posait pas de problème et on l’a embarqué avec nous dans l’aventure. Y’a aussi mon frère de coeur Punta Rosa qui s’est lancé avec nous au même moment. Laruche c’était ça à la base, un délire de potes au lycée. Mais on voulait sortir du concept de « collectif entre potes » et on s’est tournés assez rapidement vers des artistes étrangers pour compléter notre roster, et à faire des sorties de projets.

Pmk : Quel est ton rôle au sein du label ?

L.E : Ce qu’il faut savoir c’est que ça fait plusieurs mois maintenant que je ne gère plus le label. J’ai décidé de le « léguer » à un poto beatmaker du nom de DOC Mastermind, qui jusqu’à maintenant a fait du bon taf (je vous encourage à aller check, entre autres, l’album « X-Life » du duo The Xtraordinairs, c’est une petite douceur). Avec Doc, on avait déjà beaucoup collaboré pour des releases de ses projets depuis la création du label, on a partagé quelques scènes et des moments en dehors de la musique. J’ai passé plus de deux ans à co-gérer Laruche. De mon côté, je continuais à produire, mais pas comme je le voulais. Et du coup, disons que ça m’a donné envie de développer ma musique, mon univers et de vraiment me concentrer sur ma casquette de beatmaker.

Sinon pendant la période Laruche, je m’occupais principalement de contacter des artistes pour des singles, mixes ou projets, de faire les artworks ou de trouver des graphistes pour faire les artworks, de la gestion des réseaux sociaux, de la préparation et de la promotion des projets qu’on sortait. Je travaillais pas seul dessus, on faisait au feeling pour se partager les tâches à deux.

Aujourd’hui je suis toujours affilié à Laruche en tant qu’artiste, donc ça serait pas improbable de me voir sortir un morceau ou un projet avec ce label.

Pmk : Y a-t’il une couleur de son bien particulière chez Laruche Records ?

L.E. : Certains seront peut-être en désaccord avec moi, mais je sais pas si on peut dire qu’il y a une couleur de son bien particulière, dans le sens où on a toujours essayé de proposer des projets divers et variés, qui nous plaisaient avant tout. Bon c’était et ça reste un label de musique instrumentale majoritairement, mais je sais pas si on peut qualifier ça de « couleur » au sens propre. Rien que dans notre roster pendant la période où j’étais encore en charge du label, on avait des représentants de différents genres, on pouvait proposer des projets/morceaux de future funk, de future beats, d’autres se rapprochant plus de la veine Hip-Hop classique avec beaucoup de sampling. On a toujours été diversifiés, on a jamais voulu s’enfermer dans un style bien particulier, à ne proposer que tel ou tel type de musique. Tant qu’on aimait ce qu’on entendait, c’était suffisant pour nous.

Pmk : Y a-t’il d’autres labels qui t’inspirent ? Tu gardes un oeil sur qui ?

L.E. : Je suis obligé de re-citer HW&W, DTW et Soulection, parce que personnellement, c’est surtout ces trois labels qui m’ont inspiré quand on a commencé Laruche. Comme je l’ai déjà dit, quand on commencé, on ne savait pas comment gérer un label, et c’est en observant les autres qu’on a appris sur le tas. On a eu le chance de discuter un peu avec certains gérants de label, je pense notamment à Dean Chew de DTW (mon partenaire de l’époque a eu l’occasion de le rencontrer à Singapour, on a gardé contact avec lui après) et à Sal Martin de Cascade Records, qui ont toujours été de bons conseils. Il y a Guillaume Bonte a.k.a 96 aussi (ex co-fondateur de Soulection et fondateur de Cosmonostro) qui nous avait balancé des astuces et conseils aussi. C’était super cool de leur part à tous, et forcément, c’était inspirant et enrichissant pour nous.

Sinon je garde aussi un oeil sur des labels comme Jakarta Records, Film Noir: Sound, Flow-Fi, Play It Louder, Future Beats Records, Souletiquette, BastardJazz, Jellyfish Recordings, Expansion Collective et j’en passe, il y en a tellement ! Sans compter de nombreux artistes évoluant indépendamment. Je n’apprécie pas forcément chaque release de chacun de ces labels, il y a des projets qui me parlent plus que d’autres évidemment, mais en tout cas j’essaie de garder un oeil sur le plus de choses possible, bien que ce ne soit pas toujours évident.

Pmk : Le fait de composer toi-même t’aidait-t’il à mieux aider les artistes du label dans leur développement ?

L.E. : À l’époque pas vraiment malheureusement, tout simplement, parce que je n’avais pas moi-même développé d’univers, de touche qui me soit propre. Aujourd’hui encore je me cherche musicalement et je pense avoir beaucoup de progression à faire, que se soit techniquement ou artistiquement parlant. La musique que je ferai dans 3 ans n’aura peut-être rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui. Donc je n’étais pas vraiment bien placé pour ce genre de choses. Et puis le truc aussi, c’est que lorsqu’on faisait appel à un artiste, que se soit pour intégrer le label ou tout simplement pour une release, c’était des artistes qui avaient déjà une touche personnelle, un univers. C’était leur singularité qui nous séduisait. Donc en soit, je n’avais pas forcément ce travail à faire. Pour certains artistes qu’on a découvert « tôt » qui étaient en train de se construire musicalement (je pense notamment à Haan808 ou Pyrmdplaza), ils avaient déjà des influences et/ou une idée de la direction qu’ils voulaient prendre. On avait une grosse convers Facebook où chacun pouvait y demander des conseils aux uns et aux autres, s’échanger des avis sur tel ou tel track qu’on hésitait à sortir ou pas etc.

je fais partie de ceux qui pensent qu’un artiste doit avant tout faire la musique qui lui plait.

Pmk : Portes-tu une attention particulière au goût du public ?

L.E. : Oui et non. C’est toujours intéressant de voir ce qui plait et ce qui plait moins, mais pour autant, je pense pas qu’un artiste doive se formater parce que tel style plait plus qu’un autre. C’est peut être une vision clichée ou simpliste, mais je fais partie de ceux qui pensent qu’un artiste doit avant tout faire la musique qui lui plait. Si la musique qu’il fait est bonne, elle trouvera un public. Je vais prendre Mndsgn comme exemple. Je suis pas certain que tout le monde pourrait écouter sa musique, pourtant le type a un public qui connait sa musique et qui lui est fidèle. Si j’étais amené à faire des dj sets, peut être que je devrais un peu plus prêter attention à ça à la limite. Et encore, même dans cette situation je ne suis pas sûr parce que quand les gens viennent voir jouer des artistes (peu importe le genre musical), ils savent qui ils vont voir jouer, quel genre de musique ils vont entendre.

Pmk : Justement, comment t’informes-tu des dernières tendances ?

L.E. : Comme tout le monde je dirais. Juste en écoutant ce qui se fait, on voit rapidement ce qui est repris et réutilisé par de nombreux artistes qu’ils soient underground ou mainstream. Il y a des types de morceaux qui reviennent plus fréquemment que d’autres. Il n’y a pas besoin d’être un expert en musique ou d’en faire pour noter une certaine forme de récurrence, de mode, peu importe le genre musical.

L’objectif idéal selon moi, c’est lorsque le label se transforme en sorte de famille.

Pmk : Quelle est la chose la plus importante que tu aies appris en travaillant sur Laruche Records ?

L.E. : Plusieurs haha. Déjà avoir un bon sens du relationnel et de la communication avec les partenaires dont tu t’entoures et les artistes. Je pense que c’est primordial quand on travaille pour ou dans un label. L’objectif idéal selon moi, c’est lorsque le label se transforme en sorte de famille. Quand t’arrives à ça, tu évolues juste dans un cadre bien plus positif et chaleureux. Ensuite je dirais que c’est préférable quand tu connais les personnes avec qui tu travailles, que tu partage les mêmes objectifs et que tu as confiance en eux. Tu ne peux pas te permettre de travailler avec des personnes qui n’ont pas les mêmes buts que toi, une vision différente et en qui tu n’as pas confiance. Surtout pas dans un milieu où les opportunistes existent. Si un jour je décide de me lancer à nouveau dans l’aventure de la gestion d’un label, ce sont des choses auxquelles je ferais attention. Je terminerai juste en précisant que Laruche était et reste un petit label, qui ne disposait et ne dispose toujours pas d’une grosse équipe pour le gérer, du coup l’une des choses les plus importantes que j’ai appris en travaillant sur ce projet, c’est de savoir s’adapter aux tâches qui doivent être faites.

Pmk : Quels sont les producteurs qui t’impressionnent ?

L.E. : Déjà je commencerais par Terrace Martin et Pharrell. Quand t’entends un morceau produit par Pharrell (ou les Neptunes) tu ne peux pas t’y tromper. Terrace, quand tu l’entends au saxo et aux keys, pour ne parler que de ces instruments, tu comprends que le bonhomme est chaud. Leur musique me parle clairement. Les mecs de la Justice League sont vraiment forts aussi, avec une touche bien reconnaissable. Des mecs comme Kaytranada, Ta-Ku ou encore Stwo m’impressionnent. J’irais pas les citer dans mon top de beatmakers, mais quand tu vois leur parcours, c’est impressionnant et super inspirant je trouve. C’est des mecs qui viennent d’une scène underground au départ, et ils commencent à se faire un nom en dehors de ce cadre. Certes ils leur reste encore des choses à accomplir, mais je trouve leur parcours sincèrement impressionnant. Sinon je peux parler de Iamnobodi ou de Rascal par exemple, qui ont tout les deux un style qui leur est propre et bien identifiable. C’est ce qui m’impressionne le plus chez eux je pense. En dehors du parcours qu’untel ou untel peut avoir, c’est vraiment l’originalité et la différence chez un producteur qui m’impressionnera toujours.

Pmk : Tu es également soutenu par plusieurs Dj et radio show dans leur mix, comment ressens-tu tout ce support ?

L.E. : Honnêtement, j’en suis super reconnaissant. Entendre mes morceaux joués par des artistes ou parmi la musique d’artistes souvent plus connus que moi, que pour la plupart j’apprécie et/ou admire, ça procure un réel sentiment de fierté. Et puis c’est toujours plaisant et agréable de voir des personnes apprécier ma musique, la supporter et la partager, quelque soit la manière dont ils le font. Il y a les radio shows et les mixes, mais je pense aussi aux personnes qui repostent mes morceaux sur soundcloud par exemple, qui me demandent de participer à une compilation ou ceux qui m’ont invité dans leur émission de radio. Je trouve ça important de savoir qui te soutient. Contrairement à ce que certains pourraient penser ou semblent ne pas se rappeler, personne n’arrive au sommet seul, c’est un truc à ne pas oublier. Donc ouais, je ne peux que me sentir fier et reconnaissant vis à vis du support que je reçois. Maintenant c’est à moi de proposer de la musique de qualité pour en avoir encore plus haha.

Pmk : De façon générale, quel est ton regard sur l’évolution du Future Beat en France ?

L.E. : C’est un genre qui petit à petit, commence à se démocratiser. Ce que je trouve lourd puisque c’est un genre que j’apprécie. En terme de soirées, les soirées Future ont de plus en plus de succès, ce qui est amplement mérité quand tu regardes les line up proposées. Les soirées Free Your Funk aussi. Les mecs de Beat Mix and Songs ont l’air de bien se débrouiller avec leurs soirées à Bordeaux ce que je trouve cool. Je ne connais pas la situation pour les autres soirées dans le reste de la France malheureusement, donc je ne peux vraiment pas me prononcer là dessus.


La Sélection de LAffayette Ellis :

Gravez, Rascal, Iamnobodi dans un premier temps. Ces trois là font vraiment partie de mes préférés depuis un petit moment déjà. Ensuite je dirais Evil Needle, Amin Payne et Sivey qui sont des artistes que je suis depuis longtemps maintenant et qui sont des « classiques » à mes yeux. Et enfin je finirais avec Mndsgn qui est un artiste unique en son genre, Drewsthatdude dont j’attends l’EP avec impatience, Whereisalex pour ses prods qui tabassent et qui sont très bien foutues et R.O.M. dont les récentes sorties et collaborations m’ont vraiment plu.


Pmk : Quelques mots pour conclure ?

L.E. : Yes, déjà merci à vous pour l’interview, comme je le disais, c’est toujours plaisant de voir des personnes s’intéresser à moi. Ensuite, merci à toutes les personnes qui ont aimé, commenté, partagé ma musique. Un Shout out à la team Orikami, mon poto Punta Rosa avec qui je bosse actuellement sur un EP. Et voilà, je crois avoir fait le tour. Ah si, je pense balancer mon premier véritable EP (solo) cette année, mais me demandez pas pour quand il est prévu, j’en ai juste aucune idée pour l’instant haha.


Thomas, le 11 Avril 2016.


 

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