Interview

SENBEÏ

SENBEÏ


Prenez le gamin de Smokey Joe & The Kid, l’un des acolyte de Tha Trickaz et le double de Tha New Team et vous obtiendrez le sûr prolifique Senbeï. Après plusieurs années passées à tafer dans ces groupes respectifs, le samouraï passé maître dans l’art de la production ce présente aujourd’hui seul avec son tout premier album « Ningyo ». Conversation avec un amoureux du Japon.


PlayMyKick : Il y avait quoi comme musique autour de toi quand tu étais petit ?

Senbeï : De tout. Mes parents écoutaient beaucoup de choses, allaient à beaucoup de concerts, de Gainsbourg, à Dire Straits, beaucoup de rock des années 60 et 70, et beaucoup beaucoup de musiques classiques. Mon grand-frère lui, écoutait beaucoup de métal. À 11 ans, je me baladais avec des t-shirts des Guns et des jeans troués. Je savais jouer tous les slows de Mettalica à la gratte. Par contre, j’écoutais en cachette du hip-hop sur Fun Radio. Mais j’ai mis beaucoup de temps avant de m’avouer que cette musique était tout aussi cool, parce que mon frangin aurait fait la tronche.

Pmk : Quel a été ton premier contact avec la mpc ?

S : Ma première MPC, je l’ai achetée quand j’ai commencé à jouer avec Tha Trickaz. Je pense que c’est un instrument assez simple à utiliser quand on est un musicien en fin de compte. Sur le live de mon groupe Smokey Joe & The Kid, il y a une phase où mes trompettistes jouent dessus, et s’en sortent très bien. Ça reste un instrument percussif. Là où ça devient intéressant, c’est quand on commence à mettre ses propres sons dedans !

Pmk : D’où vient ton côté très touche-à-tout ?

S : Je pense que c’est une ouverture vers la musique dans sa globalité, en règle générale. Chaque musicien instrumentiste est capable de jouer d’un second instrument, voire plus. La passion, ça ouvre des portes. Après, moi je fais aussi de la vidéo. J’ai fait des études de cinéma, c’était mon premier choix. Mais j’aime bien. Je trouve qu’y a des similitudes à monter de l’image comme à fabriquer de la musique.

il fallait que je dédie tout mon album à ce pays merveilleux

Pmk : Comment s’est présenté le projet Ningyo ?

S : Certains morceaux étaient déjà entamés depuis un bon moment. Et en décembre dernier, je suis parti
au Japon avec quelques maquettes, pour travailler avec des musiciens là-bas. Un voyage magique. J’avais déjà rendu hommage au Japon, dans mes anciens albums, avec quelques tracks, comme Owari, ou Many Times, il y a eu pas mal de références asiatiques. Mais là, il fallait que je dédie tout mon album à ce pays merveilleux. Le projet s’est donc développé comme ça de lui-même, avec tout ce que j’avais ramené de là-bas, avec cette contrainte qu’il faudrait que l’auditeur voyage, un petit peu, tout le long de l’album, et prenne une part de cette culture magnifique. Chaque morceau de l’album a un lien, plus ou moins fort, avec le Japon.

Pmk : Après plusieurs écoutes, on sent que c’était l’album que tu avais envie de faire depuis longtemps, voire même depuis toujours ?

S : Je n’ai jamais été aussi fier d’un album. Je pense que c’est le truc le plus abouti que j’ai jamais sorti. J’aime beaucoup cet album, et il me touche personnellement. Je pense que c’en est encore plus bon pour l’auditeur. J’y ai vraiment mis beaucoup d’amour et beaucoup de tripes.

Le soir où j’ai diffusé l’album sur Facebook, j’ai reçu des messages d’un gars qui venait de se faire larguer, et m’a dit que mon album l’avait sauvé. J’ai été choqué.

Pmk : Musicalement, c’est toute une histoire que tu composes ?

S : Voyez-le comme vous voulez. Je ne vais pas non plus interpréter l’album à la place des gens. Chacun le prendra comme il veut. Le soir où j’ai diffusé l’album sur Facebook, j’ai reçu des messages d’un gars qui venait de se faire larguer, et m’a dit que mon album l’avait sauvé. J’ai été choqué. Heureux aussi. Je ne pensais pas que cet album aurait ce genre d’effets bénéfiques sur certaines personnes. En tout cas, je ne l’ai pas fait pour ça. Je crois qu’il y a un fil conducteur solide tout au long de cet album, mais sur lequel j’ai pas encore assez réfléchi moi-même. Y a des choses qui s’expliquent, et d’autres, moins.

Pmk : Un amour inconditionnel au pays du soleil levant se retrouve dans ta composition, avec un cross-over entre le côté tradition et l’utilisation d’instruments classiques, du modernisme à tous les étages avec de la mpc et du mysticisme pour faire le pont entre les deux. Voilà trois éléments propres au Japon ?

S : Le Japon est un pays super mystique, oui. Déjà religion polythéiste, c’est quelque chose qui nous dépasse complètement ici. Et cet aspect de leur culture se répercute partout dans leurs arts. On est englobé par un tout incompréhensible, et magique car radicalement différent. Si on est un minimum curieux, c’est un pays merveilleux. Après, je ne suis pas très objectif, je crois que j’aime tous les aspects de ce pays, et tout ce que sa culture a apporté au reste du monde, musiques, films, jeux vidéo, dessins animés, théâtre…

Le Japon est un pays super mystique,

Pmk : Pour toi, c’était important d’avoir de la “matière locale” avec une session d’enregistrement au Japon ?

S : Oui, c’était une étape de professionnalisme importante. On fait de la musique, non ? Et pour ça, il faut de la matière. J’avais déjà bossé avec des musiciens sur quelques tracks ici en France. Là, ça me semblait évident de le faire comme ça. En plus, les Japonais sont extrêmement disciplinés, et sont très bons dans leur domaine. Tous les musiciens étaient des tueurs !

Pmk : Du coup, quel a été ton souvenir le plus dingue ?

S : Mon dernier soir. J’étais avec mes potes les Tha Trickaz. On a été invités chez les gens qui bossent avec Kentaro et Hifana, sur leurs vidéos. Et je me suis retrouvé dans une énorme fête de famille en fait, avec personne qui parle anglais, pour mon anniversaire, 2 jours avant Noël, complètement immergé… Le lendemain matin je décollais et rentrais en France. J’ai pris une cuite au saké avec tous ces étrangers, qui m’offraient des cadeaux et des gâteaux dans tous les sens, j’en ai pleuré de bonheur, c’était très beau. Ça et aussi, le Mario Kart en salle d’arcade.

Pmk : Tu as réussi avoir une collaboration avec Shingo2, connu des fans d’animés japonais pour être le MC qui rappe sur Battlecry, le générique d’ouverture de Samurai Champloo produit par Nujabes. Quelle est l’histoire de ce feat ?

S : On s’est contactés en amont de mon voyage. Il a répondu positivement. Il habite à Hawaï donc j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir le croiser à Tokyo. Il m’a emmené dans un resto de curry japonais. Je me suis arraché la tronche. Ensuite, on a été le voir jouer en concert. Puis je suis reparti. On est ensuite restés en contact. C’est un mec un peu perché, très difficile à capter, ça a pris du temps. Mais pour moi, l’avoir eu, ça fait partie de la réussite globale de cet album. Et je remercie ma team du label qui s’est battue sur ça aussi, ne pas lâcher l’affaire pour l’avoir.

Pmk : Entre Samurai Champloo et Cowboy beep boop, quel animé tu mattes ?

S : Je mate plus trop d’animés en fait. C’est trop chronophage. Mais je lis encore tout en BD. Je crois que ma BD préférée championne du monde toutes catégories confondues, c’est L’habitant de l’Infini. Une tuerie.

Ce mec est une légende. Tout le monde ne connaît pas forcément mais c’est le Jay Dilla japonais,

Pmk : Quelle place occupe Nujabes dans ta playlist ?

S : Ce mec est une légende. Tout le monde ne connaît pas forcément mais c’est le Jay Dilla japonais, mort trop jeune, comme lui. Moi, c’est surtout la BO de samurai Champloo que j’ai saignée dans tous les sens, avant même de savoir qui était Nujabes. Ensuite, il y a un aspect dans sa façon de travailler, qu’on retrouve souvent dans la culture japonaise : il y a un côté un peu enfantin et naïf dans sa manière de composer, quelque chose d’ultra positif qui donne le smile. C’est assez particulier et propre au Japon, de créer des sortes d’idéaux artistiques extrêmement purs et simples. Peut-être un pays qui a beaucoup souffert, et qui a besoin de cette tranquillité infantile, de cette naïveté. Je ressens la même chose pour le travail de Shing02. Un coté enfantin. Après, on se ballade deux secondes à Tokyo et on comprend aussi pourquoi.

Pmk : Niveau feat, on retrouve aussi ton compère de toujours MC Miscellaneous, c’est un peu ton rappeur favori ?

S : C’est un des meilleurs anglophones en France. Pas juste parce qu’il rappe hyper bien. Mais parce que c’est devenu un pur pote, c’est un mec ultra cool qui est ouvert à toute collaboration. Ça fait du bien des mecs comme ça. Toujours OP pour lancer des projets, des tracks, des clips. C’est mon gars sûr !

Pmk : On te retrouve aussi pour la première fois avec des rappeurs français. Tu voulais aussi de t’ouvrir vers de nouvelles expériences ?

S : Pareil, c’est surtout concrétiser un truc avec des potes. J’ai pas mal bossé avec Yoshi ces deux dernières années. Comme on avait déjà fait un All Stars en anglais avec mon groupe, j’me suis dit, faisons-en un avec que des tueurs français. Mais par contre, c’est pas mon premier feat avec des Français, y a un groupe bordelais aussi, qui est sur mon premier album : O2Zen.

Pmk : Ta campagne Ulule a été financée à hauteur de 222%, soit le double de l’objectif, c’est assez prometteur pour la suite. Comment tu analyses ce succès ?

S : C’est surtout un beau constat, le constat d’une fan base qui se solidifie au fur et à mesure, des gens qui suivent le projet et qui sont prêts à investir. C’est que du positif, pour la suite, et ça m’apporte aussi beaucoup personnellement. Ça me donne envie de faire un nouvel album, direct !

Pmk : Est qu’il y aura d’autre projets avec tes différents groupes respectifs ?

S : Oui, mais pour l’instant, c’est top secret !! Je taffe sur beaucoup de choses en même temps en ce moment. Des nouveaux projets, des nouvelles collabs’. Avec Smojey Joe, on reviendra aussi, en force !


Thomas, le 18 Décembre 2017.


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