Interview

SOUDIERE, PRODUCTEUR SANS FRONTIÈRES

SOUDIERE, PRODUCTEUR SANS FRONTIÈRES


De tous les compositeurs français, Soudiere est sans doute l’un des plus imprévisibles. Définitivement hors champs, il est l’auteur d’une musique à la fois très imagée, décomplexée et intrigante au tournant de plusieurs sources d’inspiration, tenant toujours à nous surprendre encore et encore. Retour en longueur sur un producteur atypique.  


PlayMyKick : Te souviens-tu de la première fois que tu as joué de la musique ?

Soudiere : Je joue de la musique depuis pas mal de temps en fait. Quand j’étais plus jeune, j’ai joué beaucoup de guitare et de basse, j’étais pas mal fan des groupes de fusion du genre Rage Against The Machine, Incubus, Mr Bungle, Primus… Et puis, j’ai arrêté totalement pour faire du skate, jusqu’à ce que je me mette à la prod y’a à peu près 3 ans.

Pmk : Tu es totalement autodidacte ?

S : Yes, à force d’écouter des instrus j’ai téléchargé Fl Studio 11, que j’ai laissé sur mon ordi avant de l’installer un an après. J’ai toujours eu la flemme de regarder des tutos sur Youtube, je déteste ça, alors j’ai appris le logiciel tout seul et ça m’a mis à peu près un an à vraiment comprendre comment ça fonctionnait. Après faire des connexions avec d’autres producteurs, ça m’a pas mal permis d’évoluer et de choper plein de petites astuces bien pratiques.

Ça fait bizarre de me dire que j’écoutais ces mecs au tout début et que je taffe avec pas mal d’entre eux maintenant,

Pmk : Ce qui frappe directement en écoutant ta musique, c’est ton univers musical très diversifié entre trill, trap, hiphopjazzy et smooth. Comment entretiens-tu ces influences ?

S : J’ai découvert le chop’n screw et le dirty south grâce à la vidéo de skate Baker 3 : il y avait « Smoke a sack » de Dj Paul et Lord Infamous dans la part de Beagle et je me souviens avoir vraiment scotché dessus. Après ça, j’ai découvert Dj Screw et tout le rap de Memphis, et grâce à ça je suis tombé sur une des anciennes tapes de Dj Smokey « Da Smoke Tape vol 1 » et les autres par la suite… J’ai vraiment accroché et j’ai découvert tout l’univers Phonk : Rvidxr Klvn, SGP, Lil Ugly Mane… C’est suite à ça que je me suis inscrit sur Soundcloud, où j’ai découvert plein d’autres producteurs qui m’ont pas mal inspiré, toujours dans la même veine, comme Grxgvr, Myrror, Drae Da Skimask. Ça fait bizarre de me dire que j’écoutais ces mecs au tout début et que je taffe avec pas mal d’entre eux maintenant, parce que ce sont mes plus grosses inspirations.

Pmk : « Life Ep », « Death Ep » et « Afterlife Ep » se complètent entre eux comme une sorte de storytelling. Comment as-tu pensé la production de ces trois Ep ?

S : J’ai commencé avec « Life Ep » sans savoir que j’allais en faire une trilogie et puis celui-là a été super bien accueilli, j’ai eu plein de retours positifs dessus, du coup je me suis dit que j’allais en faire une suite, « Death Ep », et j’ai enchaîné avec « Afterlife Ep » derrière. Mais c’était pas l’idée de base, ça s’est fait comme ça.

Pmk : Il y aussi pas mal d’interludes, de quelles manières les films influencent ta production ?

S : Je suis un rongé de films, j’en ai maté vraiment beaucoup et ça m’apparaissait bien de faire des interludes entre les chansons, pour rendre le truc un peu plus divertissant. Du coup, j’en ai profité pour chopper quelques-unes de mes scènes de films préférés. J’ai mis « La Haine » dans le dernier, parce que c’est un de mes films français préférés et que je me suis dit qu’il était temps d’inclure un peu d’éléments français dans le délire.

Pmk : Est-ce que l’univers cartoon ça te parle ?

S : Ouais, je matais tout le temps Cartoon Network quand j’étais petit et j’aime beaucoup l’ésthétique des cartoons des années 90. Les cartoons comme artwork sur Soundcloud c’est quelque chose que je fais depuis le tout début, dès le premier track que j’ai droppé sur Soundcloud; je me suis dit direct que c’était bien d’être cohérent dans mon délire, du coup j’ai continué à faire ça à chaque track.

Pmk : Parlons un peu des racines du mal, est-ce que tu pourrais présenter le « gang Purpleposse » ?

S : PurplePosse c’est un collectif créé à la base par Backwhen. Avec lui et deux autres producteurs (Aseri et 6-6-6), nos soundclouds étaient en train de prendre de l’ampleur et on produisait tous de la phonk. Du coup on s’était dit que ça serait marrant de réunir pas mal d’artistes qui font dans le même genre de sons et de dropper des albums tous ensembles. À la base, il y avait moi, Backwhen, Aseri, 6-6-6, Gravy, Backwood Boy et Seithen. La première tape qu’on a droppée a super bien marché, du coup au fur et à mesure, on a rajouté quelques autres producteurs, comme Jak3, Emune ou Hym, des beatmakers qu’on trouvait talentueux dans le domaine. Maintenant le groupe est moins actif et y’en a qui sont partis, mais ont toujours quelques projets en cours.

Pmk : Comment s’est faite la rencontre avec DJ Smokey et Loud Lord ?

S : C’est Smokey qui m’a envoyé « Yo we should kollab » par message Twitter en février, aussi simplement que ça. Il avait déjà collab’ avec Loud Lord auparavant, du coup c’est à travers lui que j’ai connu Loud Lord. Smokey nous a motivés et on a commencé à collaborer ensemble.

Pmk : Tu as beaucoup collaboré avec eux, tu procèdes de quelles façons ? Tu réponds à une demande, tu proposes de toi-même des directions ?

S : Pour l’instant, ça s’est passé de la même manière à chaque fois qu’on a collab’ tous les trois : Loud Lord envoie une boucle avec un sample et des drums, ensuite il me l’envoie, j’allonge le morceau, je créé une bassline et deux trois autres boucles de drums, je rajoute un ou deux samples, des vocals et c’est Smokey qui structure le tout et finit le morceau. Des fois, le morceau est juste l’idée de base plus évoluée, et des fois Smokey fait partir le morceau dans une toute autre direction. Sur la dernière collab’, il a fait toute la deuxième partie de morceau par exemple.

Pmk : Avec quelle herbe rime ton hashtag #kushcadets ?

S : La réponse est dans le titre hahahaa ! Du coup, Kush Cadets c’est le nom du groupe que j’ai avec Smokey et Loud Lord. À la base, on voulait s’appeler Space Cadets, puis Smokey a proposé Kush Cadets, vu qu’on fume tous pas mal et ça convenait parfaitement.

Pmk : Est-ce que tu écoutes des producteurs français ?

S : Bien sûr, je suis la scène fr de près, déjà il y a NxxxxxS, qu’est un des premiers producteur français que j’ai suivi et avec qui j’ai taffé, sinon à Dj Yung Vamp aussi même s’il est belge haha. J’aime bien ce que font Eazy Dew, King Doudou, Saavane, El G ou encore Sboy, qui a produit des sons de rap français que j’écoute pas mal. Il y a aussi Brodinsky, je kiffe vraiment ce qu’il produit ces derniers temps, il taffe avec pas mal de ricains.

Pmk : Il y a-t-il des rappeurs français avec qui tu voudrais collaborer ?

S : Haha, je sais pas, en vrai je fais jamais de prods pour m’imaginer que quelqu’un pose dessus. Mais après j’écoute pas mal Freeze Corleone et son crew 667, ça doit être les Français que j’écoute le plus, donc ça serait cool de taffer avec eux un jour.

Je kifferais avoir le salaire à Metro Boomin, après la notion d’hitmaker me dérange moins dans le contexte actuel, parce que je suis un fan de trap.

Pmk : Rêves-tu secrètement d’être hitmaker ?

S : J’aimerais bien dire non, mais je serais un mytho. Je kifferais avoir le salaire à Metro Boomin, après la notion d’hitmaker me dérange moins dans le contexte actuel, parce que je suis un fan de trap. Du coup il y a pas beaucoup de prods dans les hits qui sortent récemment dont j’aime pas les prods. Du coup faire de la trap et faire des hits ça serait loin de me déranger, même s’il il y a l’aspect commercial derrière qui empêche un peu la créativité.

Pmk : Le beatmaking a énormément évolué ces dernières années, entre un matériel plus accessible et une concurrence toujours plus dingue. Comment tu juges cette situation ?

S : C’est sûr que faire des beats c’est beaucoup plus facile et accessible maintenant. Moi après je peux pas m’en plaindre parce que si ça avait pas été si accessible je me serais sûrement jamais mis à produire. Au niveau de la concurrence, je vois des petits nouveaux débarquer tous les jours, surtout sur Soundcloud. Mais après il y en très peu qui se démarquent; c’est souvent les mêmes genres de son, etc. Donc je m’inquiète pas trop, après la musique, pour moi c’est pas une compétition, donc c’est pas le genre de truc qui me préoccupe.

il devrait y avoir un respect des rappeurs envers les producteurs, qu’ils soient crédités à chaque fois, qu’on les considère plus comme des vrais artistes,

Pmk : Et le manque de reconnaissance accordé aux producteurs, on en parle ?

S : Ouais, c’est nul. D’un côté il y a des rappeurs qui s’en foutent totalement des beatmakers et de l’autre, des beatmakers qui sont capables de s’abaisser au plus bas niveau pour essayer d’avoir un ou deux « placements ». D’un côté comme de l’autre, je trouve ça dommage, il devrait y avoir un respect des rappeurs envers les producteurs, qu’ils soient crédités à chaque fois, qu’on les considère plus comme des vrais artistes, au même titre que le rappeur. Après j’ai l’impression que ça change un peu aux États-Unis, avec de plus en plus de prods qui font des albums et invitent des rappeurs dessus, mais il n’y a que les superstars qui font ça, c’est pas encore assez courant, c’est dommage. Mais j’espère que ça va évoluer dans le sens-là.

Pmk : As-tu en réserve des projets pour le futur ?

S : Yes, sûrement un album commun avec Smokey et Loud Lord avec pas mal de collabs dessus. J’ai quelques sons sur des compils, je produis une ou deux tapes pour quelques rappeurs (dont une pour Yung Evil qu’on a produit en entier avec AdjeyMane), et après je pense ressortir un EP de mon côté bientôt.


Thomas, le 3 Septembre 2017.


 

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