DOSSIER : NUMERALS EP


Du temps s’est écoulé depuis notre premier échange avec l’emblématique Win32, hormis quelques apparitions ici et là, l’homme s’est plutôt fait discret. Il s’était alors confié sur les inspirations de son label ses envies et ses rêves. Bien que le personnage s’accorde avec l’énigme, l’éminence grise a fait un sacré bout de chemin sur son label, avec pas moins de seize artistes au tableau de chasse et pas des moindres; trois chanteurs pour les ambiances sous vocalises, sans oublier trois designers. On peut ainsi compter parmi ces dans rangs plusieurs valeurs sûres telles que : Vassh2X2AAjgorFourlore et bien d’autres trésors cachés. Vous comprendrez alors aisément le but de cette chronique.

Si Numerals reste encore dans l’ombre d’une microsphère du net, il n’a pourtant rien à envier à ses concurrents et possède plus d’un tour dans son sac avec un jeu de cartes à faire pâlir ses adversaires. Taillé dans la veine du format net de label à mi-chemin entre collectif et plateforme de partage, une vraie nébuleuse a été construite. Win32 a réussi à mener à terme ses idées mais il a surtout su insuffler une vraie vision à long terme avec un univers très conceptuel où chaque producteur trouve ses marques. Le rooster est en place, il trace la route avec un premier EP savamment dosé.

Tout simplement intitulé « Numerals EP » histoire de poser le pied à l’étrier, ce premier projet bâtit les fondations du label, en abattant une sacrée carte de visite. Du côté de la playlist, on retrouve ainsi toute la clique plus des invités surprise, le tout étiré sur 21 titres. Au premier regard s’impose un premier constat : avec un crédit long comme le bras, ce premier volet sera massif, long et bien fourni. Ce long format dont le contenu semble répondre à la recherche d’une nouvelle esthétique de différentes nuances propose autre chose : un ailleurs. Un ailleurs qui vient de l’effervescence de la scène indépendante, bien décidée à tracer sa trajectoire et qui a comme fer de lance la multiplication des passerelles entre les genres. Résultat ? Un tissu de prods à la fois dense, hors normes et libérateur. La balade auditive prend forme dans une déambulation nocture, sombre et à la fois fragile, l’expérimentation est reine. Chaque piste amène sa pierre à l’édifice, les ambiances crépusculaires et étouffantes se succèdent dans une légèreté sans fin. Les inspirations de cet EP semblent être sans frontières en désamorçant les codes esthétiques du genre. La combinaison des talents des artistes annonce une ascension fulgurante en refusant clairement la facilité. Une vrai alchimie tourne repeat. Mais cette réussite ne serait rien sans le superviseur, Win32 chapeaute le projet d’une main de maître, du haut de sa tour d’ivoire il ficelle un tour de force, rarement vu. Bref, Numerals est doucement en train de creuser son trou dans le milieu.

Parmi cette longue tracklist haute en couleur, trois musiques se détachent du lot :

« Blurred – In My Mind », dépourvue de tout surplus musical, cette mélodie se développe de façon linéaire, et ce, tout en douceur. Le rythme apporté par le bruit de guitare qui résonne tout le long dessine une lenteur prenante agréable et apaisante à l’oreille, puis parfois au loin on parvient à entendre quelques chants d’oiseaux qui accompagnent la sobriété du son. L’ambiance est calme et tranquille, on peut même se sentir nostalgiques à quelques moments car les sonorités que l’on entend lors de l’écoute sont plutôt d’une tendance mélancolique.

« Rare – Maybe I’m Wrong (feat. Of Methodist) », on est toujours dans une ambiance douce et tranquille, une voix suave qui résonne prédomine le son et c’est une partie maître de la quiétude que le producteur a créé dans cette musique. Tout s’écoule délicatement et cela emmène les auditeurs au sein d’une autre dimension, ce pourrait même être un morceau sélectionné pour faire office de soundtrack pour la bande originale d’un film.

« Fourlore – Réflexions », très rythmée par le beat, tout s’enchaîne au fur et à mesure de l’écoute, un rythme simple plutôt ancien est d’abord présenté, puis le rythme s’intensifie, une voix ambiant s’ajoute à tout cela puis elle est complétée par d’autres voices pour la suite, dans le même temps les battements qu’on entend forment une pulsation particulière qui se déploie de plus en plus. Sur la même lignée que les deux autres morceaux, « Réflexions » est aussi d’une musicalité douce et lente qui amène aussi quelque chose de suave dans les sonorités.

Numerals a mis en valeur le talent de nombreux producteurs dans ce projet, rien qu’en écoutant la sélection des trois tracks, on devine ce qui attend ceux qui s’apprêtent à écouter. Les morceaux s’enchaînent de manière étonnante, tout est bien rangé et cela semble être placé dans un ordre stratégique. La suite ? Numerals devrait sans doute continuer à hanter la toile en faisant planer son ombre à plusieurs mètres d’altitude au dessus de la concurrence. C’est simplement la meilleure surprise de 2015.


Thomas, le 4 Janvier 2106


 

ZOOM SUR : 2X2A


Nous aurions dû parler plus tôt de 2X2A. Abreuvant le net de prods en continu, 2X2A s’affirme de tracks en tracks avec son propre style, en transpirant toujours la spontanéité et l’insouciance de sa jeunesse. D’un groove réel et certifié codifié entre amour et fragilité, le rookie a surpris la toile avec des productions très abouties. Cette authenticité salvatrice lui permet de trouver très vite une base fan et de rentrer définitivement dans les radars.

Son empreinte un mélange de sonorité slow et d’ambiance sexy, déroulant tranquillement une boîte musicale bien huilée aux nappes prenantes qui marque les esprits et les tympans. Porté par de multiples variations de rythme, le résultat final prend un élan de fraîcheur à souhait en exposant une habilité très impressionnante pour son âge. Très productif, il arrive toujours à nous tenir en haleine, de telle sorte qu’on se demande si le niveau qualitatif va finir par baisser un jour. Notre architecte des temps moderne a parfaitement réussi à cerner les inspirations de son époque avec un son semblable à “dimanche en flux continu” dont les étiquettes n’existent plus et où la limite est complètement annihilée.

Totalement immergé dans l’air du temps, il affiche en plus une facilité déconcertante pour synthétiser la musique de demain. Avec un tel potentiel, 2X2A questionne autant qu’il fascine. Il est de ceux qui font les grands morceaux avec des expérimentations en tout genre perdues entre paradis, brins de folie et sans doute un peu de spleen moderne. C’est sans doute ce blooze 2.0 étalé avec une telle nonchalance propulsé sur orbite qui arrive à charmer le creux de l’oreille comme il se doit.

La tête un peu ailleurs ou dans les étoiles, il déploie des signaux sonores en clignant au loin en warning, enfonçant un peu plus le clou à chaque nouvelle livraison. Distendu, déformé, débridé, cet ensemble glisse plutôt bien. La superposition des notes et des ambiances dosées avec finesse rendent difficile toute volonté de raccrochage intempestif. Intrigués, l’écoute se prolonge. Vous comprendrez alors pourquoi il est si présent sur notre Youtube Channel.

Comme d’habitude, on est pressés d’écouter la suite et même si ses productions peuvent parfois s’apparenter à une petite bouffée d’air revivifiante, l’ensemble de la rédaction attend tout de même de pied ferme son premier EP.


Thomas, le 29 Décembre 2016.